
Affirmer que Capcom traverse actuellement un second âge d’or relève de l’euphémisme. En cette année 2026, l’éditeur japonais enchaîne les triomphes, tant sur le plan critique que commercial. Le lancement quasi simultané de Resident Evil 9 Requiem et de Monster Hunter Stories 3 témoigne d’une confiance absolue. Pourtant, le point d’orgue arrive fin avril avec Pragmata. Après un développement de longue haleine, ce titre s’apprête à bousculer un marché saturé de remakes et de suites prévisibles. Pragmata incarne l’audace créative de Capcom. J’ai pu m’y essayer pour la troisième fois lors d’une session intense de deux heures, couronnée par un affrontement dantesque contre un boss dont la stature rivalisait avec un gratte-ciel. Un défi colossal, certes, mais abordé avec sérénité grâce à une solide expérience sur d’autres titres exigeants comme Crimson Desert.
Initialement prévu pour 2022, Pragmata a vu sa sortie repoussée pour parfaire une formule qui ne satisfaisait pas encore les standards internes de l’éditeur. Quatre ans plus tard, ce perfectionnisme porte ses fruits : le gameplay s’impose d’emblée comme le pilier central de l’aventure. Capcom a su trouver l’équilibre idéal entre action pure et mécaniques de piratage. Pour les néophytes, le titre repose sur la symbiose entre deux protagonistes radicalement différents : Hugh, un soldat aguerri lourdement armé, et Diana, une enfant synthétique capable de manipuler les systèmes électroniques à distance. Cette dualité n’est pas qu’esthétique, elle est le moteur même de l’expérience. Le mélange de tir à la troisième personne et de hacking en temps réel confère au jeu une identité singulière, où Diana démantèle les boucliers ennemis pour laisser Hugh porter le coup de grâce.
Cette nouvelle session a révélé la profondeur des mécaniques de jeu. Le piratage, qui prend la forme de puzzles labyrinthiques pour débloquer des bonus tactiques, s’intègre parfaitement à des combats de plus en plus stratégiques. La diversité du bestiaire impose une vigilance constante : les ennemis évoluent, renforcent leurs défenses numériques et obligent le joueur à varier ses approches. La courbe de difficulté semble intelligemment calibrée, offrant un challenge croissant qui valorise la maîtrise du duo.
L’un des points forts de cet aperçu fut la découverte du “Refuge”, le hub central situé sur la station lunaire. C’est ici que le joueur peut souffler, gérer ses ressources et améliorer les capacités de Hugh et Diana. Mais au-delà de l’aspect technique, le Refuge est le cœur émotionnel du jeu. On y observe Diana vivre des moments d’enfance — jouer, regarder la télévision — ce qui humanise ce duo et renforce l’attachement du joueur. Cette structure alternant exploration périlleuse et retours à la base évoque le level design gratifiant des grandes productions de l’ère PS3/Xbox 360, misant sur une progression linéaire riche en secrets.
Visuellement, Capcom contourne l’austérité de la station lunaire grâce à une trouvaille scénaristique ingénieuse : les hologrammes et l’impression 3D. Ces technologies permettent de recréer des environnements terrestres surréalistes. Nous avons ainsi exploré une version distordue de Times Square, où l’asphalte se replie sur lui-même et où des carcasses de voitures servent de plateformes. Cette direction artistique audacieuse transforme chaque zone en un terrain de jeu vertical et immersif. Bien que le titre reste dirigiste pour privilégier la narration, l’architecture des niveaux invite à une certaine curiosité.
Pragmata semble avoir trouvé son rythme de croisière. Le jeu intègre des éléments de “Metroidvania”, autorisant le backtracking vers des zones déjà visitées pour débloquer des passages secrets grâce aux nouveaux pouvoirs acquis. Si l’expérience s’est avérée fluide pour un habitué des titres exigeants, la multiplication des ennemis en fin de parcours laisse présager des pics de tension intéressants. Capcom a toutefois soigné l’accessibilité avec des points de sauvegarde judicieusement répartis. Reste à voir si le défi final saura satisfaire les joueurs les plus aguerris. Réponse définitive le 17 avril prochain.






